-------Bien nombre de fois se reproduirent des évènements comme celui-ci au cours des longues semaines qui suivirent, mais les mineurs, scandalisés par toute la violence qui avait été déchargée ce jour là sur Ethan, s'étaient jurés de tout tenter pour l'en protéger, tout comme Lliann le faisait avec la rage d'un lion, malgré les interdits levés.
Avec les semaines et les mois, Ethan commençait à comprendre le sadisme et le vice des soldats de la mine. Et peu à peu, malgré la fatigue, le froid glacial de l'air et les courbatures qui se faisaient sentir, le petit sorcier commençait également à être immunisé contre la douleur du fouet. Avec bien du courage pour son jeune âge, Ethan serrait les dents comme il lui avait été conseillé par ses nombreux compagnons, et en silence attendait que cesse son supplice. Parfois, les larmes coulaient encore le long de ses joues dont le teint rosé de la bonne santé avait disparut, mais il s'efforçait de rester indifférent à la torture pour lasser au plus vite ses bourreaux. Ce qui avait la bonne fortune de fonctionner presque à chaque fois car les bédouins ne trouvaient plus autant de plaisir à le battre qu'aux premiers jours. A ses côtés, Lliann s'efforçait de rester placide devant cette infâme torture, priant de toute son âme pour que son protégé ne succombe pas à cette douleur qu'il connaissait bien pour l'avoir ressentis plus de fois qu'il n'était nécessaire. Mais à chaque fois qu'Ethan goûtait au dur cuire de l'instrument des soldats, son sang ne faisait qu'un tour. L'envie meurtrière d'occire de ses propres mains chaque bédouin osant poser la main sur lui faisait bouillir son sang dans ses veines.
Sous l'action involontaire de ses pouvoirs, dont il ne faisait plus usage pour protéger son secret, les blessures d'Ethan, même les plus profondes, s'en remettaient cependant avec une rapidité dépassant l'entendement. Il lui suffisait parfois de deux jours seulement pour que ses estafilades disparaissent, ne laissant derrière elle que de fines et belles cicatrices invisible dans l'obscurité.
Malheureusement, si ce détail compromettant échappait à ses compagnons de geôle et ses viles tortionnaires, Lliann, lui, ne semblait pas aussi dupe que les autres. Le mineur possédait un sens de l'observation aussi affûté qu'une sentinelle en temps de guerre, et un esprit de déduction aussi surprenant qu'infaillible. Bien souvent, par un regard en coulisse porté au bon moment, Lliann pouvait observer la disparition progressives de ses meurtrissures aussi monstrueuses qu'elles étaient nombreuses. Mais Ethan ne semblait se rendre compte de rien, ce qui poussait Lliann à se plonger dans de longues réflexions sur les évènements qui avaient l'amené dans ces mines ténébreuses. Non pas que ces miraculeuses cicatrisations ne le rassuraient pas, au contraire, mais il sentait que quelque chose de bien plus étrange qu'un bon et sain métabolisme agissait sur cet enfant. Qui était réellement Ethan ? se demandait-il. Et pourquoi condamner un jeune garçon de dix ans sans malice à une peine aussi cruelle, voir mortelle ? Bien sûr qu'Ethan lui avait déjà raconté tout ce qu'il avait voulu savoir sur cette tragique nuit où lui et sa mère avaient été fait prisonniers, mais avec le recul il trouvait que cette histoire n'avait ni queue ni tête, où du moins quelques éléments manquaient dans la version qui lui avait été divulguée. Ce qui piquait sa curiosité à vif !
Si depuis lors Cordélian se faisait enclin aux soupçons et songeur, il n'en altéra rien son affection si particulière pour son pupille. Bien au contraire ! Toujours d'une manière pleine de prestance et de bienveillance il continuait à lui prodiguer ses bons conseils pour survivre dans cet impitoyable monde d'homme.
- Tiens-toi droit lorsque tu pioches ! lui ordonnait-il parfois avec sévérité d'un bon précepteur.
- Mais pourquoi ?
- Sinon tu finiras bossu comme le baron Verventhyght, et tu risques de rester aussi minuscule et chétif qu'un gamin de dix ans.
- Mais j'ai dix ans ! lui rappela un Ethan en sueur qui ne voyait pas toujours à quoi lui servaient les conseils bienveillants de son protecteur
- Dans dix ans tu n'auras plus dix ans ! murmurait-il comme pour lui même.
Ainsi répondait Lliann depuis que son esprit était envahit par tant de questions. Par des phrases énigmatiques qui n'avaient pas le moindre sens pour celui qui ne connaissait pas le fond de sa pensée. Mais c'est ce trait de caractère qui avait, parmi tant d'autres, séduit Ethan qui, sans toujours le comprendre, suivait tout de même ses conseils avec bonhomie.
Bientôt, devant les miracles de cicatrisation qui continuaient inlassablement de se produire, la curiosité de Lliann atteignit son paroxysme. Pour continuer à protéger cet enfant de la perfidie des soldats du désert, il avait besoin de savoir d'où provenait ce prodige, si le garçon y était pour quelque chose où si il avait simplement une excellente constitution physique. Comment dissimuler un tel phénomène aux regards indiscrets si il était indépendant de la volonté du garçon ?
Quoi qu'il en soit, Lliann avait bien l'intention de percer ce mystère car peut-être était là raison réelle de sa captivité. Non pas celle qu'Ethan avait voulu lui faire croire, mais celle dont il s'était fait peu à peu lui même idée.
_______Les clepsydres de verres s'étaient vidées de leur liquide jaunâtre pour la vingt-troisième fois ce jour, aussi les bédouins de la mine commençaient à rassembler les mineurs pour la nuit. Un soupir de soulagement imperceptible parcourut les prisonniers qui abandonnèrent dès lors avec lassitude leur pioche derrière eux et suivirent les soldat jusqu'à la pièce commune où ils passaient leur nuit. Des nuits qui ne duraient parfois pas plus de cinq à six heures, ce que les bédouins considéraient comme amplement suffisant pour des condamnés aux travaux forcés. Mais cette nuit là, Lliann n'avait pas l'intention de dormir comme tous les autres. Non ! Il avait en tête une idée.
Avec la discrétion qui sied à un fauve en chasse, Cordélian se faufila à travers la masse de mineur à la recherche de son protégé qu'il ne tarda pas à trouver. Celui-ci, caché parmi les autres prisonniers avançait aux côtés de Sir Bruckenbrün, un prisonnier voûté par l'âge et l'usure, et l'épaulait tant bien que mal jusqu'à sa paillasse dégarnie. Ainsi était devenue la tâche clandestine d'Ethan. Etant le seul à pouvoir disparaître totalement au milieu de ses compagnons de geôle il avait été convenu que celui-ci serait chargé d'aider les plus faible d'entre eux à regagner leur couche sans que les bédouins ne les découvre, ce que Ethan réalisait avec maestria car les soldats qui les escortaient n'y voyaient que du feu.
Avec un sourire fier comme seul un père en a pour son fils, Lliann s'approcha de son protégé et, avec une rapidité incroyable, lui murmura quelque chose à l'oreille.
A ces mots, que seul Ethan avait entendu, le petit garçon s'arrêta soudain, frappé par ce qu'il venait de lui être avoué.
- Vous ...
- Avance, ordonna Lliann en agrippant le second bras de Sir Bruckenbrün, nous allons essayer d'en discuter cette nuit. Lorsque les clepsydres auront été retournées pour la troisième fois au matin, tâches d'être éveillé. Les bédouins se relaient généralement à cet heure, ce qui nous laissera un champ libre pour remettre les choses en ordre...
Bien sûr Padidu que tu peux mettre un lien de mon blog sur ton blog. J'en serais extrêmement ravie.
Lulu Phantasma