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Lulu Phantasma
Au fond de la longue et interminable galerie linéaire dont ils voyaient enfin la sortie, un doux rayon de soleil orangé chatouillait la roche poreuse des mines, révélant de fines particules de poussières voletant dans l'air. Alors qu'ils pénétraient dans ce carré de lumière apporté par l'extérieur, un rayon agréablement chaud frôla le visage de Ethan qui, éberlué par ce spectacle, ferma les yeux pour se laisser envoûter par la magie de ce moment. Tel un enfant qui pour la première découvrait la lumière du jour, son c½ur bondissait dans sa poitrine tandis que sa respiration se faisait de plus en plus profonde. Il n'en revenait pas. Depuis près de six mois qu'il n'avait pas revu la lumière du soleil il allait pouvoir se laisser baigner par ses rayons et respirer de l'air pur non pas souillé par la poussière et la moisissure. Il voulu soudain courir pour rejoindre la surface au plus vite tant l'excitation se faisait grande mais la main de Lliann se posa sur son épaule tandis que son visage affichait un air répréhensif.
- Tempère tes ardeurs Ethan, n'oublie pas que nous sommes suivit par l'½uvre du Diable.
La dure réalité en effet revint alors à l'esprit du jeune garçon qui jeta un ½il discret au Méphett qui les suivait, une main posée sur le pommeau du cimeterre qu'il avait à la ceinture. Découverts alors qu'ils étaient restés en queue de cohorte, l'un au bord de l'inconscience l'autre bouillonnant de colère, Lliann et lui étaient conduits par ce Méphett en rage afin rejoindre le reste des prisonniers.
Autour des deux hommes et du jeune garçon qui enfin atteignirent la fin de leur remontée vers la surface, deux énormes tronçons brûlant de chênes desséchés en ceinturait l'entrée, soutenant le poids de tout le sable qui se trouvait à perte de vue autour des mines. A cet instant où ils firent leur premier pas à l'extérieur, une vive lumière aveugla Ethan qui poussa un cri tout en cachant son visage dans ses maigres bras égratignés. Habitués depuis tant de temps à l'obscurité qui régnait au fin fond des mines de mercure ses yeux bleu azur en avaient oubliés la lumière du soleil. Aveuglé par tant de luminosité qui avait si soudainement assaillit sa vue, le jeune sorcier, guidé par les pas rassurant de Lliann qui boitillait à ses côtés, rejoignit ses compagnons de peine qui se trouvaient à quelques pas d'eux, mêlés à l'intégralité des autres prisonniers qui avaient été réunis en cercle autour d'une place improvisée.
- Filltz, ils les ont bel et bien retrouvés ? demanda Lliann en essayant de voir par-dessus l'épaule du seigneur destitué les prisonniers évadés.
- Vois par toi même !
Pourtant pourvu d'un sang-froid exceptionnel et d'une grande impassibilité envers toutes les horreurs possibles et imaginables, le visage de Cordélian se figea dans une grimace surprenante. Apparemment heurté dans sa sensibilité de prisonnier cuirassée, Lliann recula d'un pas tant la surprise que générait ce spectacle le heurta de front.
- Non Ethan ! cria t-il lorsque de que de son champ de vision le jeune sorcier disparaissait, se faufilant agilement entre ses compagnons pour tarir sa curiosité.
Mais à peine eut t-il vu ce qui se passait dans le cercle que les larmes montèrent à ses yeux. Des larmes à la fois de trouble, de peur, de rage et d'incompréhension.
Face à lui, au milieu de cette place improvisée à l'intérieur de laquelle circulaient quelques soldats du désert, se tenaient sept hommes, sept hommes à la barbe naissante vêtus de guenilles, tous si épuisés qu'une seule nuit entière de sommeil ne viendrait pas à bout. Les poignets et chevilles liés à de grand piquets de bois enfoncés dans le sol, ils imploraient l'aide de leur compagnons qui, impuissants, n'osaient affronter leur regard plein de détresse. Nombre d'entre eux baissaient le regard tandis que d'autres se retournaient pour leur faire dos. L'un des sept fuyards se plongea soudain dans les yeux d'Ethan comme pour lui demander de l'aide, mais à cet instant, sa si grande détresse se transforma en un sentiment de fierté inébranlable. Comme transformé par ce simple contact visuel celui-ci se redressa, et, le regard fier et plein d'arrogance, balaya la foule comme pour transmettre un message.
- Il vient d'élever son esprit plus haut que tous les autres ! expliqua Lliann à Ethan en se faufilant à son tour entre les autres prisonniers afin de le rejoindre.
- Ca veut dire quoi ?
- Il s'est battu jusqu'au bout pour la liberté et le fait de ne jamais avoir baissé les bras le rend satisfait. Il viens de comprendre que si il ne peut par retrouver seul sa liberté alors la mort la lui apportera. Il part sans peur, voilà ce que ça veut dire.
- Il va mourir ? Ils vont le tuer c'est ça ? questionna Ethan en serrant toujours plus fort la main de son protecteur.
- J'en ai peur oui ! Tu n'es pas obligé de regarder ce qui va maintenant se passer, tu peux comme les autres détourner ton regard et attendre que tout soit fini. Mais tu peux aussi regarder droit dans les yeux la mort d'un homme libre, un homme qui part sans peur et avec honneur.
Ethan ne parvint pas à comprendre quel était le sentiment qui le troublait le plus à cet instant. Etait-ce la peur de voir la mort de ses yeux pour la première fois ou était-ce le fait de voir mourir un homme qui attendait sa mort pour redevenir à nouveau libre ? Il ne le sut pas, mais quoi qu'il en soit, lorsque les Méphett s'alignèrent face aux fugitifs, fusil à la main, il ne se retourna pas. Le c½ur battant une chamade teintée à la fois de peur, de peine et de dévotion, serrant fort la main de Cordélian qui le soutenait dans cette dure épreuve, Ethan observa les Méphett se mettre en joute, n'attendant plus qu'un ordre pour tirer.
Dans le silence du désert, à peine rompu par les croassement des permiers corbeaux, s'éleva alors une breve directive qu'Ethan n'eut besoin de traduire pour la comprendre. A cet instant le canon du premier fusil tonna, et le fugutif sans peur tomba, poussant un cri de douleur semblable à un animal que l'on saigne. Le Méphett avait manqué de peu les points vitaux du prisonnier qui se tordait de souffrance, une balle de plomb nichée dans son cou. Longtemps il resta alongé au sol, tentant de ses mains de retenir son sang qui coulait tel un fleuve le long de sa nuque, lorsqu'un nouveau coup retentis, faisant cesser les hurlements du malheureux qui venait enfin de gagner le repos éternel. Le visage à demi caché dans les vêtements ternis de Lliann, Ethan crut vaciller devant ce spectalce à la limite du suportable. Choqué, les jambes branlantes, il crut alors entendre le second ordre qui résonna en lui plus fort qu'il ne l'aurait pensé. Un second coup rugit alors et le second homme tomba à la renverse, tel un pantin désarticulé. Retenant ses larmes autant qu'il le pouvait, les oreilles bourdonnantes et l'estomac renversé, résonnèrent alors cinq nouveaux coups de feu punitifs qui achevèrent l'oeuvre de mort des Méphett.
- A tout âge et dans toutes circonstances on apprend à faire des choix, on apprend à assumer les conséquences de ces choix. Tu viens de faire quelque chose d'extraordinaire Ethan, et tu viens d'apprendre une des plus grande leçon qu'un homme doit apprendre. Cela peut te paraître étrange mais...je suis fier de toi.
Conscient de ce qu'il venait d'apprendre et touché par les mots si encourageant de Lliann, Ethan, malgré les spasmes de son estomac, laissa un sourire se dessiner sur au coin de ses lèvres et regarda une dernière fois les corps inanimé des sept fuyards quand soudain, une silhouette apparut auprès des corps. Une silhouette qu'il reconnu immédiatement.